<

Elections communales à Schaerbeek: le PS veut que Clerfayt s'occupe de sa tirette

'M.Clerfayt... et votre tirette?' C'est la question adressée par les femmes du...
Voir la suite...

Paul Magnette modernise la Loi relative à la Coopération internationale belge

Aujourd'hui le conseil des Ministres a approuvé l'avant projet de loi du...
Voir la suite...

Di Rupo: L'Europe ne va pas décider pour tous les citoyens

Elio Di Rupo refuse de suivre les recommandations de la commission européenne voulant supprimer l'indexation de salaire ou modifier l'âge...
Voir la suite...

News  articles en ligne: 131 Partagez

Questions directes à Marie Arena
Date: 21.12.2011  |  Source: congoindependant.com

Quadragénaire, ancien ministre régional et fédéral, ancien Ministre-président du gouvernement de la Communauté française de Belgique, Marie Arena est Sénateur sous les couleurs du PS (parti socialiste). En novembre dernier, elle a effectué une mission d'observation à Kisangani, Province Orientale, lors des élections présidentielle et législatives du 28 novembre. A son retour en Belgique, Arena avait déclaré notamment que les opérations électorales s'étaient déroulées de "manière honnête". Et qu'il fallait "couper court à un certain nombre de rumeurs qui disent qu'il y a eu fraudes manifestes (…) ". Ces propos avaient provoqué un certain trouble dans les esprits au sein de la bouillante communauté congolaise de Belgique. Une communauté qui a toujours reproché, à tort ou à raison, aux personnalités politiques belges francophones de faire preuve de "complaisance" à l'égard du régime de "Joseph Kabila". Marie Arena, elle, rétorque qu'elle ne parlait nullement du déroulement des élections à travers les onze provinces du Congo mais uniquement des bureaux qu'elle a "observé" à Kisangani. Mardi 20 décembre, le Sénateur a bien voulu répondre aux questions de Cheik Fita et de la rédaction de Congo Indépendant.

"Il n'appartient pas à la Belgique de désigner le vainqueur de l'élection présidentielle du 28 novembre au Congo"

Voulez-vous vous présenter à nos lecteurs?
Mon nom est Marie Arena, je suis socialiste. Je suis Sénatrice et vice-président de la Commission des Relations extérieures au Sénat.

Vous revenez d'une mission d'observation dans le cadre des élections du 28 novembre au Congo. Dans quelle province avez-vous été précisément?
J'ai été au Congo dans le cadre d'une mission effectuée par trente députés et sénateurs belges. Moi-même, j'ai été à Kisangani dans la Province orientale. Nous avons observé les bureaux "urbains" à Kisangani. Une autre équipe s'est occupée des bureaux ruraux dans la périphérie de la ville.

Combien de bureaux avez-vous visités?
Nous avons visité au total dix centres de vote. C'est-à-dire des centres où il y avait approximativement une vingtaine de bureaux organisés. Dans ces centres de vote, nous avons choisi un certain nombre de bureau. Mon équipe, composée de deux personnes, a eu à analyser la situation dans une vingtaine de bureaux de vote.

Vos déclarations selon lesquelles - je vous cite de mémoire - "les opérations électorales s'étaient déroulées de 'manière honnête'" ont été perçues comme une volonté de minimiser les irrégularités relevées par d'autres observateurs de la communauté congolaise. Que répondez-vous?
En fait, il faut recadrer la situation. Ma déclaration a été tirée d'une interview que j'avais accordée à la RTBF. L'extrait qui a été diffusé n'a duré qu'une trentaine de secondes. J'ai effectivement dit au journaliste que les bureaux que mon équipe a visité n'ont pas montré des signes de fraude et d'irrégularités. Je n'ai parlé que de ce que j'ai vu dans le temps qui nous a été imparti. La visite d'une vingtaine de bureaux sur 64.000 ne donne pas la possibilité d'extrapoler. Il n'y a pas eu d'irrégularités manifestes dans les lieux que j'ai visités. Il y avait certes des dysfonctionnements dans certains endroits. Des dysfonctionnements dus à des difficultés logistiques. Je tiens à souligner que dans les bureaux que j'ai vus de mes propres yeux, je n'ai pas perçu de volonté de fraude. Je tiens également à signaler que notre mission d'observation était de court terme. Elle a eu lieu la veille et le lendemain du vote. C'est pour vous dire que nous n'avons pas pu observer les irrégularités qui sont mises aujourd'hui sur la table. A savoir, les irrégularités du comptage qui ont eu lieu après le bureau de vote.

Devrait-on parler de malentendu?
Mon interview à la RTBF avait une durée de plus ou moins cinq minutes. Le journaliste a choisi un extrait d'une trentaine de secondes. Il a fait son choix. En réalité, ma volonté était de dire que je ne peux pas avoir la prétention de poser une appréciation sur l'ensemble des 64.000 bureaux dans la mesure où je n'ai visité que vingt dans un espace de temps limité.

Que répondez-vous aux Congolais de Belgique qui reprochent aux personnalités politiques belges francophones d'afficher une certaine complaisance vis-à-vis de "Joseph Kabila"?
Cette question m'inspire deux considérations. Primo: il ne revient pas aux responsables politiques belges ou à n'importe qui en Belgique de choisir l'homme devant diriger le Congo. Ce sont les Congolais qui doivent faire leur choix. Certaines personnalités politiques peuvent avoir des liens ou des affinités avec des hommes politiques d'autres pays. C'est leur affaire! Ce n'est pas mon cas en particulier. Je considère que c'est aux Congolais de choisir leurs dirigeants. Secundo: le citoyen congolais a le droit à la vérité. Il me semble que le citoyen congolais réclame que la lumière soit faite sur les endroits où il y a des doutes. Nous lançons un appel aux responsables politiques congolais quel qu'il soit de faire la lumière sur ces endroits. A titre d'exemple, des membres de la société civile congolaise nous dit: "Nous n'avons pas confiance dans les résultats agrégés au niveau des différentes provinces. Nous demandons que les calculs se fassent sur base des procès-verbaux établis par chaque bureau de vote." Si telle est la demande de la société civile pour avoir la clarté et la réalité des élections, je pense que le pouvoir et les responsables politiques congolais doivent donner cela à la société congolaise. Si nous pouvons aider dans ce sens, je pense que nous devons le faire en tant que communauté internationale. Il s'agit d'aller vers la vérité. Et le peuple congolais a droit à cette vérité.

Dans le même registre - et sans interférer dans les querelles communautaires entre Flamands et Wallons -, certains observateurs Congolais estiment que le personnel politique flamand fait une "analyse objective" sur l'absence de démocratie et les violations des droits de l'homme au Congo. Le commissaire européen Karel De Gucht est cité en exemple. Alors que, disent-ils, les politiciens francophones ou wallons donnent l'impression de caresser "Kabila" dans le sens du poil. Qu'en pensez-vous?
C'est très étonnant. Je pense qu'il y a plus d'intérêts économiques flamands au Congo que l'inverse. A titre d'exemple, le secteur diamantaire est beaucoup plus impliqué dans la situation congolaise que les Francophones. C'est facile de dire que nous sommes pour plus démocratie au Congo. Et en même temps - lorsqu'il s'agit de faire la clarté sur des filières peu transparentes sur des ressources naturelles au Congo, on entend très peu les responsables politiques flamands. Je ne suis pas hypocrite. Je dis que nous devons exiger la transparence partout. Nous devons exiger la transparence de la part du pouvoir politique. Nous devons aussi exiger la transparence auprès du pouvoir économique qui est aujourd'hui au Congo et qui, malheureusement, ne rend pas aux Congolais les richesses de leur pays. On ne peut pas faire deux poids, deux mesures en insistant sur la transparence politique et en restant muet sur la transparence économique. Pour le moment, j'entends la société flamande se positionner sur le plan politique et pas sur le reste de la réalité congolaise. Pour le reste, je pense que les Francophones sont tout aussi exigeant en matière des droits de l'homme que les Nérlandophones. Ce n'est pas une affaire communautaire.

Depuis deux semaines, la communauté congolaise manifeste au Quartier Matonge à la Porte de Namur. Quel est votre commentaire?
Je note que la diaspora congolaise exige, elle aussi, la vérité des urnes au Congo. C'est intéressant de voir le lien politique que la diaspora congolaise a maintenu avec son pays d'origine. C'est une démarche citoyenne vis-à-vis du Congo. C'est une première analyse. La deuxième analyse est beaucoup moins positive. Vous savez autant que moi que ces manifestations ont donné lieu à des débordements et la violence. Je privilégie toujours le dialogue et pas la violence. Les débordements qui ont eu lieu à Matonge ne rehaussent pas l'image des protestataires. Dès qu'il y a violence, une manifestation perd sa crédibilité.

A propos de dialogue, êtes-vous au courant qu'une délégation des manifestants a tenté en vain d'être reçue au siège du PS afin de remettre un mémo?
Je ne suis pas au courant de ce passage au siège du PS. En revanche, j'ai été à Ixelles avec le bourgmestre faisant fonction Béa Diallo. Nous avons rencontré un certain nombre d'acteurs de ces manifestations. Nous leur avons demandé de nous remettre leurs revendications pour nous permettre d'amorcer le dialogue. A titre personnel, je dois dire que j'ai toujours privilégié le dialogue avec la diaspora. Mais, je condamnerai toujours - et ce n'est pas une question de la diaspora congolaise ou autre - les réactions de violence.

Concernant toujours Matonge, ne pensez-vous pas qu'il serait utile qu'une personnalité politique belge, de haut rang, puisse se prononcer de manière assez claire?
La voix politique que la Belgique peut porter n'est pas une question d'un individu à un autre. C'est la voix du droit à la réalité. La Belgique doit pouvoir aller vers les responsables politiques congolais en leur disant: "Nous souhaitons que vous puissiez faire la vérité des urnes". Et nous utiliserons tout ce qui est en notre pouvoir, c'est-à-dire la diplomatie et les accords conclus entre nos deux pays pour aller vers cette vérité. Il ne nous appartient pas ici en Belgique de désigner le vainqueur de l'élection présidentielle du 28 novembre. Nous devons pouvoir le dire aux différents manifestants qui semblent attendre que la Belgique choisisse avec eux un vainqueur.

Quel commentaire vous inspire-t-il la présence de plusieurs drapeau flamand "Vlaamse Leeuw " lors de la manifestation organisée par la communauté congolaise le samedi 17 décembre?
Les manifestants congolais ont fait un choix que je me garde de critiquer ou à émettre une appréciation. La plupart des Congolais sont des citoyens belges. Ils ont ainsi un rôle citoyen à jouer. Nous sommes en démocratie. Ils sont libres de faire le choix qui leur convient.

Et pour conclure?
Pour moi, demain, peut importe le président congolais, la Belgique doit être beaucoup plus exigeante sur les droits de l'homme et les droits de la société civile en République démocratique du Congo. Ce sont ces principes qui doivent nous guider dans le partenariat que nous devons avoir entre la Belgique et le Congo.

Envisagez-vous d'évoquer ces questions avec le nouveau patron de la diplomatie belge, Didier Reynders?
Dans le cadre des débats au sein de la Commission des Relations extérieures du Sénat, je pose plus ou moins une question par semaine au ministre des Affaires étrangères. Nous allons continuer à poser des questions au gouvernement afin qu'il prenne des positions qui vont dans ce sens.

Tous les titres

 

Haut de page